Mais enfin, me dira-t-on, à quoi concluez-vous?
Je n'ai pas besoin de conclure. Je combats des sophismes, voilà tout.
Mais, poursuit-on, il ne suffit pas de détruire, il faut édifier.—Je pense que détruire une erreur, c'est édifier la vérité contraire.
Après cela, je n'ai pas de répugnance à dire quel est mon vœu. Je voudrais que l'opinion fût amenée à sanctionner une loi de douanes conçue à peu près en ces termes:
| Les objets de première nécessité paieront un droit ad valorem de | 5% |
| Les objets de convenance | 10% |
| Les objets de luxe | 15 ou 20% |
Encore ces distinctions sont prises dans un ordre d'idées entièrement étrangères à l'économie politique proprement dite, et je suis loin de les croire aussi utiles et aussi justes qu'on le suppose communément. Mais ceci n'est plus de mon sujet.
I.—ABONDANCE, DISETTE.
Qu'est ce qui vaut mieux pour l'homme et pour la société, l'abondance ou la disette?
Quoi! s'écriera-t-on, cela peut-il faire une question? A-t-on jamais avancé, est-il possible de soutenir que la disette est le fondement du bien-être des hommes?
Oui, cela a été avancé; oui, cela a été soutenu; on le soutient tous les jours, et je ne crains pas de dire que la théorie de la disette est de beaucoup la plus populaire. Elle défraie les conversations, les journaux, les livres, la tribune, et, quoique cela puisse paraître extraordinaire, il est certain que l'économie politique aura rempli sa tâche et sa mission pratique quand elle aura vulgarisé et rendu irréfutable cette proposition si simple: «La richesse des hommes, c'est l'abondance des choses.»