Dans le régime du crédit gratuit, A ne prête plus les matières premières, l'instrument du travail, le capital, en un mot; il ne le donne pas non plus pour rien; il le vend. Dès qu'il en a reçu le prix, il est déchu de ses droits sur son capital; il ne peut plus s'en faire payer éternellement, et au delà de l'éternité même, l'intérêt.
Voyons donc comment se comportera le compte de A, dans ce nouveau système.
D'abord, la monnaie n'étant qu'un instrument de circulation, devenu, par son accumulation à la Banque et la substitution presque générale du papier au numéraire, une propriété commune, dont l'usage, partout dédaigné, est gratuit, les producteurs-consommateurs B, C, D, etc., n'ont plus que faire des écus de A. Ce qu'il leur faut, ce sont les matières premières, instruments de travail et subsistances dont A est détenteur.
A commence donc ses opérations avec son capital, marchandises, que par hypothèse nous fixerons à 10,000 fr. Cette ouverture d'opérations de A s'exprime sur ses livres de la manière suivante:
| 1. Doit Marchandises générales à A, compte de Capital: | ||
| Marchandises en magasin, au 1er janvier dernier, suivant inventaire | 10,000 fr. | |
Que fera A de cette marchandise? Il la vend aux travailleurs B, C, D, etc., c'est-à-dire à la société consommatrice et reproductrice qu'ici ils représentent, de même que lui, A, représente, pour le moment, la société capitaliste et propriétaire. C'est ce que le comptable de A constatera comme suit:
| 2. Vente au comptant | à B | 990 | |
| — | à C | 990 | |
| — | à D | 990 | |
| — | à E | 990 | |
| — | à F | 990 | |
| — | à G | 990 | |
| — | à H | 990 | |
| — | à I | 990 | |
| — | à K | 990 | |
| — | à L | 990 | |
| —— | — | ||
| Total | 9,900 | fr. | |
Mais si les travailleurs B, C, D, etc., consomment les articles de A, à son tour le propriétaire-capitaliste-entrepreneur A consomme les produits des travailleurs B, C, D, etc., de qui il doit les acheter, comme ils achètent eux-mêmes les siens. Or, nous avons vu, chapitre 1er, article 3, que la mieux-value donnée aux valeurs consommées par B, C, D, etc., étant, par hypothèse, dans un régime exempt de tout chômage, stagnation, avilissement de prix, de 10 pour 100, le capital de 990 fr. que B a obtenu, par crédit, de la Banque, reproductivement consommé, se transforme en un autre de 1,089 fr.: c'est donc d'après ce prix que A fait ses achats auprès de B, et en acquitte les factures. Ce qui se traduit dans les écritures comme suit:
| 3. Doit Marchandise générale à Caisse: | |||
| Achat au comptant, aux travailleurs ci-après: | |||
| à B, | ses livraisons de divers articles pour ma consommation | 1,089 | fr. |
| C, | —— | 1,089 | |
| D, | —— | 1,089 | |
| E, | —— | 1,089 | |
| F, | —— | 1,089 | |
| G, | —— | 1,089 | |
| H, | —— | 1,089 | |
| I, | —— | 1,089 | |
| K, | —— | 1,089 | |
| L, | —— | 1,089 | |
| ——— | — | ||
| Total | 10,890 | fr. | |
Pour achever la démonstration, nous n'avons plus qu'à dresser l'inventaire de A.