Mais ces messieurs raisonnent autrement, en fait de commerce, que les commerçants. Ils disent: Ce qui est plus cher au dehors qu'au dedans, laissons-le entrer librement; et ce qui est à meilleur marché, repoussons-le de par la loi.
Il est possible que le principe absolu de la prohibition ne soit pas dans les actes de ces législateurs, mais il est très-certainement dans leur exposé des motifs.
LIBERTÉ, ÉGALITÉ.
M. Corne a mis l'égalité en opposition avec la liberté.
Cela seul devrait l'avertir qu'il y a un vice radical dans sa doctrine. En tout cas, une chose m'étonne: comment ose-t-on prendre sur soi d'opter, quand on a le malheur de croire que la liberté et l'égalité sont incompatibles?
M. Corne a opté, néanmoins; et, réduit à sacrifier l'une ou l'autre, c'est la liberté qu'il immole.
La liberté! mais c'est la justice!
Pierre rencontre Paul, et lui dit: «Mon ami, je fais de la toile, et je vous en vendrai, pourvu que vous me permettiez de mettre la main dans votre poche et d'en retirer un prix qui me satisfasse.»—Paul répond: «Ne prenez pas cette peine, je sais quelqu'un qui me donnera de la toile à moitié prix.»—De quel côté est le bon droit?—La loi tranche la question en mettant au service de Pierre la baïonnette du douanier.
Qu'y faire? dites-vous: la justice et la liberté sont d'un côté; l'égalité et la prospérité, de l'autre; il faut choisir.
Triste alternative, ou plutôt dérisoire blasphème. Non, il n'est pas vrai qu'il y ait entre le juste et l'utile un irrémédiable conflit. Cette doctrine contredit les faits autant qu'elle choque la raison.