Je suppose que deux navires entrent dans la Tamise, l'un venant de France, l'autre de Hollande, tous les deux chargés de beurre. Je suppose encore que le prix de revient soit identique.
Ici on pourra m'arrêter et me dire que de telles suppositions ne se réalisent jamais; mais comme je cherche l'influence de deux systèmes de douane différents sur deux opérations analogues, je dois bien raisonner comme les géomètres, sur cette formule: toutes choses égales d'ailleurs.
Ainsi admettons qu'en entrant en rivière le beurre normand et le beurre hollandais reviennent à 100 fr. les 100 kilogr.; admettons encore que le fret ajoutera 5 fr. à ce prix, et que les spéculateurs veulent faire un bénéfice de 10 p. 100.
Voici le compte du négociant français:
| Prix de revient du beurre | 100 | fr. |
| Fret | 5 | |
| Retour à vide du navire | 5 | |
| Bénéfice | 10 | |
| —— | ||
| Total | 120 | fr. |
Au-dessous de ce cours, il y aurait perte, tout au moins absence de bénéfice, et ce genre de commerce ne pourrait continuer.
Voici maintenant le compte du négociant hollandais:
| Prix de revient du beurre | 100 | fr. |
| Fret | 5 | |
| Retour du navire: néant, puisque les frais en seront supportés par la cargaison de retour | 0 | |
| Bénéfice, comme ci-dessus | 10 | |
| —— | ||
| Total | 115 | fr. |
Par où l'on voit que le Hollandais pourra établir le cours à 115 fr., gagner encore et chasser le Français du marché.
Et il le fera même nécessairement sous l'aiguillon de la concurrence que lui feront ses compatriotes.