Recherchons maintenant combien le pays a perdu pour aider M. Decaze et ses associés à perdre 16 millions.
Voici ce que je lis dans un rapport de M. le ministre du commerce (1841):
«Le prix moyen de la fonte française était de 18 fr. 64, et celui de la fonte anglaise de même nature ne revenait, dans nos entrepôts, qu'à 13 fr. 75. Il en résultait une surcharge de 4 fr. 89.
«De même le prix du fer était en France de 48 fr. 15, et le fer anglais, rendu dans nos ports, ne revenait qu'à 22 fr. 88. Il en résultait une surcharge de 25 fr. 30.»
Dans un tableau no 4 A, annexé à ce rapport, nous voyons que la consommation de la fonte en France, pendant vingt ans, a été de 42 millions de quintaux métriques. La surcharge de 4 fr. 89 équivaut donc à 205 millions de francs.
Dans le tableau no 4 B, on voit que la consommation du fer, durant le même espace de temps, a été de 34 millions de quintaux. La surcharge de 25 fr. 30 a donc infligé au consommateur une perte de 860 millions.
Ces deux pertes réunies s'élèvent à plus d'un milliard!
Et cela pour décider les pauvres maîtres de forges,—que le bon Dieu les assiste!—à placer à perte des capitaux que, sans la protection, ils eussent placés à profit.
Vous me direz sans doute,—je m'y attends,—que l'argent de M. Decaze, en allant s'engouffrer dans les mines, a fait vivre des ouvriers.
J'en conviens; mais convenez aussi que s'il en eût fait un emploi un peu moins malencontreux, s'il en eût retiré, par exemple, 4 1/2 pour 100, comme font les simples paysans, ses treize millions, qui s'élèveraient aujourd'hui à trente, auraient fait vivre plus d'ouvriers encore.