Appliquons ces prémisses à l'industrie maritime.
Voilà toutes les industries, toutes les transactions libres. Nulle n'est protégée, mais nulle n'est entravée. Vendez, achetez au dedans, au dehors, l'État ne s'en mêle pas.
Mais l'État, c'est-à-dire la nation, c'est-à-dire encore l'ensemble des industries, veut se mettre à l'abri des agressions extérieures. Pour cela, il lui faut une marine; pour créer cette marine de toutes pièces, il lui faut cent millions par an, charge à répartir entre tous les travailleurs. Cependant il aperçoit un moyen d'arriver au même résultat avec cinquante millions. Ce moyen, c'est d'imposer des charges et des entraves particulières à la marine marchande.
«Je te défends d'acheter au dehors ton outil principal, le navire, parce que je veux former des constructeurs!
«Je te défends d'emporter au dehors le capital, parce que je veux que le navire soit exclusivement français.
«Je te défends de louer des matelots au dehors, parce que j'entends avoir des marins qui tiennent au pays.
«Je te défends de faire toucher à ton navire par des charpentiers ou calfats autres que ceux que j'ai placés sous un régime exceptionnel, et qui, par conséquent, demandent des salaires exceptionnels.
«Je t'ordonne d'avoir à bord plus de matelots et d'officiers qu'il ne t'en faudrait, parce que j'en veux avoir une pépinière bien fournie.
«Je t'ordonne de les nourrir de telle façon, de les ramener de tout port où tu les auras congédiés.