— Monsieur, commença le visiteur, pardonnez-nous cette intrusion. Je vais vous expliquer…
— Tais-toi, intervint sa compagne. Laisse-moi parler. Monsieur, d’abord quelques mots indispensables sur nous-mêmes. Nous sommes des gens parfaitement honorables, soyez-en sûr. Mon mari est chef de bureau à la succursale d’un grand établissement de crédit, position de confiance. Moi, je suis la fille d’un fonctionnaire de l’État. Mon frère est professeur. J’ai deux filles, dont l’aînée est fiancée au fils d’un notaire. Donc, je le répète, notre famille est parfaitement honorable… Personne n’en peut rougir…
— Madame, je n’en doute pas, dit l’officier ahuri, mais pourquoi ces détails ?…
— Ils sont indispensables, Monsieur, indispensables… Vous allez le comprendre : Nous nous appelons Dupré, M. et Mme Adolphe Dupré…
— Vous portez le même nom que moi ?
— Justement, intervint le mari. Alors, vous comprenez ?…
— Mon bon ami, laisse-moi parler, dit sa femme.
— Je ne comprends pas du tout, répondait en même temps leur interlocuteur, dont l’étonnement croissant se mêlait d’une gaieté qu’il réprimait.
— Monsieur, poursuivit Mme Dupré d’un air sombre, c’est votre gloire qui est cause de tout… On nous a poussés, Monsieur. Quand votre nom a paru dans les journaux, on nous a accablés de questions… On nous croyait parents, vous et nous… Et… et enfin… Vous comprenez, n’est-ce pas ? Nous avons laissé croire… Ça n’a pas été calculé. C’est venu tout seul. Nous avons été saisis dans l’engrenage de… de l’imagination… La considération grandissait autour de nous à mesure que votre gloire grandissait… On nous demandait des détails que nous donnions… Nous racontions des anecdotes sur vous… Et nous étions fiers de vous, oui, Monsieur, aussi fiers que si vraiment vous étiez notre cousin, comme on le croit…
Mme Dupré fit une pause, puis continua avec force :