Claire, lorsqu’elle avait aimé Claude, avait tout d’abord été cruellement jalouse de son premier mariage, mais cela datait déjà de plusieurs années et Claude l’avait tant aimée, elle, qu’elle avait fini par oublier.

Maintenant, cette jalousie revenait, atroce. Claire éperdue, frémissante, écoutait son mari parler à cette femme qui était morte, qui était celle qu’il avait épousée la première, qui était celle dont le souvenir, si bref et si lointain pourtant, le captivait à présent.

Soudain, Claude Erlande se tut ; il respira profondément, remua un peu et ouvrit les yeux. Il avait repris connaissance. Un instant, son regard se posa, lucide, sur sa femme. Et dans ses yeux passa une joie intense. Claire y vit resplendir tout son amour pour elle. Il fit un faible petit mouvement pour lui prendre la main et murmura avec un accent de profonde tendresse :

— Ma chérie… Claire chérie… tu es là ?…

Puis, de nouveau, ses yeux se fermèrent, sa tête roula un peu sur l’oreiller, le délire le reprit, et il retourna mystérieusement vers les heures du passé et vers celle qu’il avait aimée tout d’abord quand il était très jeune, car, de sa voix faible, un peu haletante, un peu rauque, mais pleine de tendresse, il recommença :

« Prends bien garde au froid, Geneviève chérie, tu sais que tu es fragile… Si tu veux, dès l’hiver, nous partirons pour le Midi… Tu verras comme nous nous installerons bien… »

Il continua, détaillant, en petites phrases familières et caressantes, cette vie de jadis, cette vie qui était en lui un domaine fermé que Claire avait cru aboli, mais qui n’était qu’enseveli.

Et Claire, penchée sur lui, écoutait, pantelante et crispée, et se demandait si c’était pour elle ou pour l’autre qu’il avait eu le plus d’amour.

THÉRÈSE

Dans le beau jardin du pensionnat de Mme Bayle, à Auteuil, les « grandes », une quinzaine de toutes jeunes filles, se promenaient par groupes.