— Ça ne se peut pas. Faudrait qu’il soit un monstre d’ingratitude, affirma Chottar gravement.

Le lendemain matin, vers huit heures, Chottar, tout radieux, parut au seuil du Lion d’Or.

Sur la place s’avançait un groupe important en tête duquel marchait le maire, homme solennel, qui aborda l’aubergiste avec une cordialité inhabituelle et chaleureuse.

— Eh bien, monsieur Chottar, comment va notre brave réfugié ? lui dit-il. Nous venons de faire une visite aux autres… Tous n’ont pas eu la même chance que celui que vous avez choisi, mais nos concitoyens rivalisent d’empressement auprès d’eux… Le bel exemple que vous avez donné n’a pas été perdu…

— Ça m’a fait plaisir, dit, à voix élevée, Chottar qui voyait, à la fenêtre du premier, apparaître le visage du vieillard. Ce vieux monsieur, il me faisait peine. Maintenant il restera ici tant qu’il voudra… Des mois, si ça lui plaît ! Ce qui est à moi est à lui ! Je m’y engage ! Canaille qui s’en dédit !

— Et ce qui est noble, continua le maire avec une émotion contenue, ce qui rend plus significatif encore votre geste généreux, c’est que vous avez volontairement, je le sais, choisi, parmi ces pauvres gens, le plus pauvre, le plus abandonné… C’est bien, cela, monsieur Chottar, c’est généreux, c’est délicat. Je suis heureux de vous serrer la main…

Il s’éloigna. Chottar, effaré, s’élança dans son auberge. Le gamin, tout hérissé de paille, sortait de l’écurie.

— Ton patron, qui est-ce ? lui cria Chottar. Le vieux monsieur qu’est là-haut, c’est bien Marthosse qu’il s’appelle, pas vrai ?…

— M. Marthosse ? dit d’un ton traînant le gamin qui s’étirait, — il est descendu à la station d’avant ici où il avait de la famille. Pensez-vous que ce vieux qu’est ici c’est mon patron ? Je l’ai aidé par pitié, oui. C’est le patron de personne… Il a même pas un vêtement à lui sur le dos, tout le monde s’y est mis pour l’habiller… C’est le mendiant qui était devant notre église…

UN RENSEIGNEMENT