M. Barbinet, avec un grommellement irrité, s’en revint vers le fond de sa boutique. Là, derrière une portière en loques, était installé, fumant sa pipe avec gravité, un autre vieillard noueux, jaune et chauve, trop semblable à M. Barbinet pour ne pas être son frère.

M. Barbinet, dans ce qui avait été une bergère Empire, s’assit en face de lui.

— Alors, Octave, comment ça va-t-il, depuis trois mois qu’on ne s’est vu ? lui demanda-t-il après quelques moments de silence.

— La santé, ça va, à part les rhumatismes. Le commerce, c’est comme ci comme ça. Les bouquins, ça se vend toujours un peu, mais je me fais vieux pour rester de planton sur le quai. Enfin, j’aurai toujours de quoi t’offrir à dîner quand tu viendras.

Il lâcha une forte bouffée de fumée et reprit d’un air sarcastique :

— Toi, je vois que c’est brillant, tes affaires.

— Comment ça ?

— Oui, mes compliments. Tu as une façon de traiter tes clients… Fichtre, ça doit rapporter gros des opérations comme celle que tu viens de faire… Quinze francs à la première gamine venue… Tu es devenu millionnaire, c’est pas possible…

M. Barbinet, qui semblait gêné, ne dit rien.

— Ça ne me regarde pas, bien sûr, reprit l’autre. Tes affaires sont tes affaires, les miennes sont les miennes… C’est le meilleur moyen que nous restions toujours d’accord comme nous l’avons toujours été. Le métier que tu as pris, moi je ne l’aurais pas choisi. De la brocante, et, surtout, du prêt sur gage, ça ne me dit rien. D’abord, on se fait mal voir et on a des ennuis… Toi, ça t’est égal, très bien. Je comprends ça. Mais ce que je ne comprends pas, c’est l’histoire de tout à l’heure. Vrai, j’en suis bleu. Pourquoi n’as-tu pas pris le gage ? Oui, la bague…