— M’sieur Noirtier, v’là une visite pour vous, et v’là vos provisions, dit-il en posant sur une table la petite boîte au lait et le morceau de pain qu’il avait apportés.
— Une visite ? Comment ça ? demanda, avec un accent de surprise, une voix faible, un peu haletante.
Dans un grand fauteuil de crin, un vieillard était assis. Il devait être de haute taille, il était décharné et très vieux. Sa tête, au crâne jaune, aux joues creuses, aux yeux enfoncés, était penchée sur sa poitrine, que couvrait sa grande barbe blanche.
La pièce était vaste et délabrée ; il y avait un lit de fer dans un coin, une table, des chaises, un poêle éteint. A travers la fenêtre sans rideaux, on voyait un horizon de toits, et le ciel, clair encore au couchant. Dans la chambre, il faisait déjà sombre.
La visiteuse s’était avancée jusqu’au fauteuil du vieillard.
— Monsieur Noirtier, je viens de la part de votre petit-fils. Il sait que vous êtes malade…
— Comment le sait-il ? dit le vieux.
— Ben, c’est moi, intervint le gamin. A sa dernière permission, il m’avait fait promettre de lui dire vraiment comment vous alliez, dans les lettres que vous me dictez pour lui… Alors j’ai mis : « Il est malade », parce que c’était la vérité. Maintenant, je file, j’ai affaire en bas, termina-t-il en se sauvant.
— C’est ridicule, grommela le vieillard, je ne suis pas si malade que ça…
Il eut une crise de suffocation. La jeune femme s’empressa auprès de lui.