Il avait fouillé dans sa poche et tendait un billet de banque.
— Mille balles ? haleta Sans-Souci. C’est pour blaguer ? Mille balles !…
— Quoi, ma gueule vaut bien ça. Prends, puisqu’on te le dit.
— J’ pourrai jamais changer, fringué comme je suis, balbutia Sans-Souci, éperdu. Sûr, on croira que j’ai volé…
— Esprit pratique, constata gravement le gros jeune homme. J’aime ça.
Complaisamment il se fouilla de nouveau.
— Tiens, voilà tes mille balles en billets de cent et de cinquante. C’est plus commode, hein ? Bonsoir. Va faire la noce.
Il regagna en riant son auto, dont Sans-Souci ne songea pas à lui ouvrir la portière et qui l’emporta.
Sans-Souci s’éloigna aussi. Il marchait machinalement, trébuchant comme un homme ivre. Depuis qu’il se connaissait, la plus grosse somme qu’il eût jamais possédée en une fois était cinq francs donnés par une vieille dame généreuse pour laquelle il avait descendu quatre malles fort lourdes.
— Faut être sérieux, se répétait-il en essayant de reprendre un peu de sang-froid et en tenant les billets au fond de sa poche, dans sa main serrée. Faut pas faire de blagues. Attention que je dis ! Faut être sérieux. Avec ça, j’ crains plus les jours de guigne. J’ peux entreprendre quéque chose de bon. Un petit commerce, ça m’irait assez… Faut réfléchir… C’est un coup de veine comme on en a pas deux… Tout de même, y a des chouettes types dans le monde riche. Mille balles pour avoir étendu le bras… Mille balles, à moi…