— Ce que c’est bon ! soupira-t-elle. Elle écarta ses cheveux bruns sur son front moite et bâilla en montrant ses dents blanches.

Un homme parut, sortant de la nuit en courant sous la pluie qui ruisselait, et il se jeta si vite dans le cabaret que la jeune femme poussa un cri.

— Qu’est-ce qui tombe ! (Il secoua son chapeau inondé.) Je peux dire que j’arrive à temps…

C’était un grand gaillard blond, à l’air jovial et bien portant. Il était convenablement vêtu ; une chaîne d’or barrait son gilet ; il avait une alliance au doigt et portait sous son bras une boîte plate et noire.

— Deux minutes plus tard, c’était fermé, dit la jeune femme. Comment que ça se fait que vous êtes comme ça par les chemins ?

— Ben, je vais vous dire. Je suis bijoutier, n’est-ce pas, et je place moi-même dans la campagne. Depuis trois jours, je suis à la ville voisine et je rayonne. Alors, ce soir, je me suis entêté à rentrer à pied pour dîner malgré que j’étais en retard… Je me suis perdu et avec cette pluie… J’ai été bien content de voir votre lumière… Et puis, on dit que c’est pas sûr les routes de ce côté-ci… Alors, comme là-dedans j’en ai pour de l’argent !… (Il tapa sur la boîte noire et soudain s’arrêta comme inquiet.) Vous êtes toute seule ?… Il n’y a personne là ? acheva-t-il, soupçonneux, en montrant une porte.

La jeune femme eut un haut-le-corps.

— Non, y a personne ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Pour quoi donc que vous prenez la maison ? Mon mari est à la ville, il a été retenu pour affaire, mais il va rentrer avant qu’y ne soit minuit. Et moi je boucle, faut vous en aller.

— Vous fâchez pas, dit l’homme. Vous auriez pas le cœur de me mettre à la porte par un déluge comme ça… Et puis j’ai l’estomac dans les talons et je voudrais bien manger un morceau…

— Il y a de la viande froide et du fromage, dit la jeune femme ; mais faudra vous en aller après. On ne donne pas à coucher ici, c’est pas un hôtel.