-- C’est ça, lui-même.
-- Mais, garnement, lui fait saint Pierre, comment as-tu le front de
vouloir entrer au saint paradis, toi qui jamais depuis vingt ans n’as
récité tes prières; toi qui, lorsqu'on te disait: "Jarjaye, viens à
la messe" répondais: "Je ne vais qu’à celle de l’après-midi"; toi
qui, par moquerie, appelais le tonnerre "le tambour des escargot";
toi qui mangeais gras, le vendredi quand tu pouvais, le samedi quand
tu en avais, en disant: "Qu’il en vienne! c’est la chair qui fait la
chair; ce qui entre dans le corps ne peut faire mal à l'âme"; toi
qui, quand sonnait l’angélus, au lieu de te signer comme doit faire
un bon chrétien: "Allons, disais-tu, un porc est pendu à la cloche!";
toi qui, aux avis de ton père: "Jarjaye, Dieu te punira"! ripostais
de coutume: "Le Bon Dieu qui l’a vu? Une fois mort on est bien
mort!"; toi enfin qui blasphémais et reniais chrême et baptême, se
peut-il que tu oses te présenter ici, abandonné de Dieu?
Le pauvre Jarjaye répliqua:
-- Je ne dis pas le contraire, je suis un pécheur. Mais qui savait
qu’après la mort il y eût tant de mystères! Enfin, oui, j’ai failli,
et la piquette est tirée; s’il faut la boire, on la boira. Mais au
moins, grand saint Pierre, laissez-moi voir un peu mon oncle, pour
lui conter ce qui se passe à Tarascon.
-- Quel oncle?
-- Mon oncle Matéry, qui était pénitent blanc.
-- Ton oncle Matéry? Il a pour cent ans de purgatoire.
-- Malédiction! pour cent ans! et qu’avait-il fait?
-- Tu te rappelles qu’il portait la croix aux processions. Un jour,
des mauvais plaisants se donnèrent le mot, et l’un d’eux se met à
dire: "Voyez Matéry qui porte la croix!" Un peu plus loin un autre
répète: "Voyez Matéry qui porte la croix! » Un autre finalement lui
fait comme ceci: "Voyez, voyez Matéry, qu’est-ce qu’il porte?" Matéry
impatienté répliqua, paraît-il: "Un viédaze comme toi". Et il eut un
coup de sang et mourut sur sa colère.
-- Alors, faites-moi voir ma tante Dorothée, qui était tant, tant
dévote.