-- Eh bien! cette Mireille, me fit-il, est-elle achevée?
-- Elle est achevée, lui dis-je, et la voici... en manuscrit.
-- Voyons donc; puisque nous y sommes, vous allez m'en lire un chant.
Et quand j'eus lu le premier chant:
-- Continuez, me dit Dumas.
Et je lus le second, puis le troisième, puis le quatrième.
-- C'est assez pour aujourd'hui, me dit l'excellent homme. Venez
demain à la même heure, nous continuerons la lecture; mais je puis,
dès maintenant, vous assurer que, si votre oeuvre s'en va toujours
avec ce souffle, vous pourriez gagner une palme plus blle que vous ne
pensez.
Je retournai, le lendemain, en lire encore quatre chants, et le
surlendemain, nous achevâmes le poème.
Le même jour (26 août 1856), Adolphe Dumas adressa au directeur de la
Gazette de France la lettre que voici:
"La Gazette du Midi a déjà fait connaître à la Gazette de France
l'arrivée du jeune Mistral, le grand poète de la Provence. Qu'est-ce
que Mistral? On n'en sait rien. On me le demande et je crains de
répondre des paroles qu'on ne croira pas, tant elles sont
inattendues, dans ce moment de poésie d'imitation qui fait croire à
la mort de la poésie et des poètes.