"-- Puisque nous y voilà, me fit la demoiselle, Fortuné informez-vous
un peu sur les témoins.
"Je reprends en main la baguette et je demande au vin pur ou, pour
mieux dire, à la Justice, si les témoins retournaient et s’ils
étaient en chemin.
"La verge demeura muette.
"Humblement, je demande s’ils étaient poursuivis. ..Il me fut répondu
qu’ils étaient poursuivis très sérieusement... Eh bien! n’est-il pas
vrai que le lendemain, messieurs, le curé d’Aurel vint nous confirmer
tout ce que nous avions vu la veille avec la verge! On avait à
Carpentras acquitté l’inculpé et retenu les témoins.
"-- Mais, allons, vous devez dire que je suis un franc bavard. A Dieu
soyez, dit le vieillard en se relevant du talus, et prenez garde, là
au frais, prenez garde de vous morfondre.
Le devineur, avec sa baguette, gagna du côté des collines, vers ces
quartiers d’Aurel, de Saint-Trinit, chantés plus tard par Félix Gras
dans son grand et frais poème qui a nom Les charbonniers, et nous
allâmes, nous autres, par un raidillon de chemin, prendre notre logis
à Sault, la ville des Étrangleurs de truie.
Après avoir salué, dans le château fort en ruine, le blason et la
gloire de ses anciens seigneurs, les grands barons d’Agoult (qui est
Wolf en allemand et qui signifie loup) et le nom historique de cette
comtesse de Sault qui, au temps (de la Ligue, maîtrisait la Provence,
nous descendîmes sur Monieux, dont le curé figure dans le gai
répertoire des contes populaires.
Ce curé avait une vache... Et voici qu’un pauvre homme, qui avait un
tas d’enfants, vola et tua la vache, la fit manger à ses marmots et,
après la bombance, en manière de grâces, leur fit dire la petite
prière que voici:
Nous rendons grâces, mon Dieu,
Au bon curé de Monieux:
Nous avons bien soupé, Dieu merci et sa vache!
Mais les enfants répètent tout. Le curé en eut vent, et ayant
questionné un des petits mangeurs, il lui dit: