Maillane est beau, Maillane plaît -- et se fait beau de plus en
plus; Maillane ne s'oublie jamais; -- il est l'honneur de la contrée
-- et tient son nom du mois de Mai.
Que vous soyez à Paris ou à Rome, -- pauvres conscrits, rien ne vous
charme; -- Maillane est pour vous sans pareil -- et vous aimeriez y
manger une pomme -- que dans Paris un perdreau.
Notre patrie n'a pour remparts -- que les grandes haies de cyprès --
que Dieu fit tout exprès pour elle; -- et quand se lève le mistral,
-- il ne fait que branler le berceau.
Tout le dimanche on fait l'amour; -- puis au travail, sans trêve, --
s'il faut le lundi se ployer, --nous buvons le vin de nos vignes,
nous mangeons le pain de nos blés.
La vieille bastide où je naquis, en face des Alpilles, touchant le
Clos-Créma, avait nom le Mas du Juge, un tènement de quatre paires de
bêtes de labour, avec son premier charretier, ses valets de charrue,
son pâtre, sa servante (que nous appelions la tante) et plus ou
moins d'hommes au mois, de journaliers ou journalières, qui venaient
aider au travail, soit pour les vers à soie, pour les sarclages, pour
les foins, pour les moissons ou les vendanges, soit pour la saison
des semailles ou celles de l'olivaison.
Mes parents, des ménagers, étaient de ces familles qui vivent sur
leur bien, au labeur de la terre, d'une génération à l'autre! Les
ménagers, au pays d'Arles, forment une classe à part: sorte
d'aristocratie qui fait la transition entre paysans et bourgeois, et
qui comme toute autre, a son orgueil de caste. Car si le paysan,
habitant du village, cultive de ses bras, avec la bêche ou le hoyau,
ses petits lopins de terre, le ménager, agriculteur en grand, dans
les mas de Camargue, de Crau ou d'autre part, lui, travaille debout
en chantant sa chanson, la main à la charrue.
C'est bien ce que je dis dans les quelques couplets suivants, chantés
aux noces de mon neveu:
Nous avons tenu la charrue -- avec assez d'honneur -- et conquis le
terroir -- avec cet instrument.
Nous avons fait du blé -- pour le pain de Noël -- et de la toile
rousse pour nipper la maison.
Tout chemin va à Rome: ne quittez donc pas le mas, -- et vous
mangerez des pommes, -- puisque vous les aimez.