"-- Capitaine, je vous apporte quelques oranges...
"-- Mais où as-tu pris !ça?
"-- Où j'ai pu, capitaine.
"-- Oh! luron, tu ne saurais me faire plus de plaisir... Aussi,
demande-moi, vois-tu, ce que tu voudras, et tu l'obtiendras ou je ne
pourrai.
"-- Je voudrais bien, lui fis-je alors, avant qu'un boulet de canon
me coupe en deux, comme tant d'autres, aller, encore une fois, "poser
le bûche de Noël" en Provence, dans ma famille.
"-- Rien de plus simple, me fit-il; tiens, passe l'écritoire.
Et mon capitaine Perrin (que Dieu, en paradis, l'ait renfermé, cher
homme) sur un papier, que j'ai encore, me griffonna ce que je vais
dire:
"Armée des Pyrenées-Orientales.
"Nous Perrin, capitaine aux transports militaires, donnons congé au
citoyen François Mistral, brave soldat républicain, âgé de vingt-deux
ans, taille de cinq pieds six pouces, nez ordinaire, bouche idem,
menton rond, front moyen, visage ovale, de s'en aller dans son pays,
par toute la République, et au diable, si bon lui semble.
"Et voilà, mes amis, que j'arrive à Maillane, la belle veille de
Noël, et vous pouvez penser l'ahurissement de tous, les embrassades
et les fêtes. Mais, le lendemain, le maire (je vous tairai le nom de
ce fanfaron braillard, car ses enfants sont encore vivants) me fait
venir à la commune et m'interpelle comme ceci: