Le lendemain, ayant repris la gorge de la Nesque, toute bourdonnante
d’abeilles, des abeilles en essaims qui y humaient le miel des
fleurs, nous arrivâmes enfin, et par une chaleur qui faisait béer les
lézards, au village de Méthamîs. Nous demandâmes l’auberge. Mais
va-t’en voir s’ils viennent! Nous y trouvâmes porte close; l’hôte et
l’hôtesse
moissonnaient.
Nous entrâmes au café, pour voir si en payant on voudrait nous
apprêter quelque chose pour dîner.
-- Cela m’est défendu, nous dit le cafetier, comme de tuer un homme!
-- Et pourquoi?
-- C’est que l’auberge, appartenant à la commune, s’afferme sous
condition que personne autre n’ait le droit de donner à manger aussi.
-- Il nous faut donc crever de faim?
-- Allez trouver M. le Maire... Je ne puis, moi, vous offrir autre
chose qu’à boire.
Nous bûmes un coup pour nous rafraîchir, et de là, tout poussiéreux,
nous allâmes chez M. le Maire de Méthamis.
Le maire, un grand rustaud, moricaud et grêlé comme une poêle à
châtaignes, croyant avoir affaire à des batteurs d’estrade, nous fait
brutalement, comme quelqu’un que l’on dérange:
-- Que voulez-vous?
-- Nous voudrions, lui dis-je, que vous donniez au cafe-tier
l’autorisation nécessaire pour nous servir à manger, du moment,
monsieur le Maire, que votre auberge est fermée...