Voilà, lecteur, au naturel, la portraiture de famille, d'intérieur
patriarcal et de noblesse et de simplicité, que je tenais à te
montrer.
Au Jour de l'An, -- nous clôturerons par cet autre souvenir, -- une
foule d'enfants, de vieillards, de femmes, de filles, venaient, de
grand matin, nous saluer comme ceci:
Bonjour, nous vous souhaitons à tous la bonne année,
Maîtresse, maître, accompagnée
D'autant que le bon Dieu voudra.
-- Allons, nous vous la souhaitons bonne, répondaient mon père et ma
mère en donnant à chacun, bonnement, sous forme d'étrennes, une
couple de pains longs et de miches rebondies.
Par tradition, dans notre maison, comme dans plusieurs autres, on
distribuait ainsi, au nouvel an, deux fournées de pain aux pauvres
gens du village.
Vivrais-je cent ans,
Cent ans, je cuirai,
Cent ans, je donnerai aux pauvres.
Cette formule, tous les soirs revenait dans la prière que mon père
faisait avant d'aller au lit. Et aussi, à ses obsèques, les pauvres
gens, avec raison, purent dire, en le plaignant:
-- Autant de pains il nous donna, autant d'anges dans le ciel
l'accompagnaient. Amen!