Paris, 31 décembre 1870.

"Mon Capoulié, je t'envoie par le ballon monté un gros tas de
baisers. Et il me fait plaisir de pouvoir te les envoyer en langue
provençale; comme ça je suis assuré que les Allemands, si le ballon
leur tombe dans les mains, ne pourront par lire mon écriture et
publier ma lettre dans le Mercure de Souabe.

"Il fait froid, il fait noir; nous mangeons du cheval, du chat, du
chameau, de l'hippopotame (ah! si nous avions les bons oignons, le
catigot et la cachat de la Ribote de Trinquetaille!) Les fusils
nous brûlent les doigts. Le bois se fait
rare. Les armées de la Loire ne viennent pas. Mais cela ne fait rien.
Les gens de Berlin s'ennuieront quelque temps encore devant les
remparts de Paris ......................................................................
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"Adieu, mon Capoulié, trois gros baisers: un pour moi, l'autre pour
ma femme, l'autre pour mon fils. Avec ça, bonne année, comme toujours
d'aujourd'hui à un an.

Ton félibre,
Alphonse DAUDET."

Et puis, on viendra me dire que Daudet n'étais pas un excellent
Provençal! Parce qu'en plaisantant il aura ridiculisé les Tartarin,
les Roumestan et les Tante Portal et tous les imbéciles du pays de
Provence qui veulent franciser le parler provençal, pour cela
Tarascon lui garderait rancune?

Non! la mère lionne n'en veut pas, n'en voudra jamais au lionceau
qui, pour s'ébattre, l'égratigne quelquefois.