-- Nous allons au-devant des Rois!

Et la tête en arrière, fiers comme jeune coqs, en riant, en chantant,
en courant à cloche-pied ou en faisant des glissades, nous allions
devant nous sur le chemin blanchâtre, balayé par le vent.

Puis, le jour déclinait. Le clocher de Maillane disparaissait
derrière les arbres, derrière les grands cyprès aux pointes noires;
et la campagne, vaste et nue, s'épandait au lointain... Nous
portions nos regards si loin que nous pouvions, à perte de vue, mais
en vain! Rien ne se montrait à nous, hormis quelque faisceau
d'épines emporté dans les chaumes par le vent. Comme les soirs
d'hiver et de janvier, tout était triste, souffreteux et muet.

Quelquefois, cependant, nous rencontrions un berger qui, plié dans sa
cape, venait de faire paître ses brebis.

-- Mais où allez-vous, enfants si tard?

-- Nous allons au-devant des Rois... Ne pourriez-vous pas nous dire
s'ils sont encore bien loin?

-- Ah! oui, les Rois? c'est vrai... Ils sont là derrière qui
viennent; vous allez bientôt les voir.

Et de courir, et de courir, à la rencontre des Rois avec nos gâteaux,
nos petites galettes, et les poignées de foin pour les chameaux.

Puis, le jour défaillait. Le soleil, obstrué par un nuage énorme,
s'évanouissait peu à peu. Les babils folâtres calmaient un brin. La
bise fraîchissait et les plus courageux marchaient en retenant.

Tout à coup: