Derrière le Mas, était un sentier qui, entre deux hauts talus,
montait vers la colline. Je m’y engage à tout hasard; et marche,
petit Frédéric.
Après avoir monté, descendu tant et plus, j’étais rendu de fatigue...
Pensez-vous? A cet âge, avec rien dans le ventre depuis midi. Enfin,
je vais découvrir, dans une vigne inculte, une chaumière délabrée. Il
devait, autrefois, s’y être mis le feu, car les murs, pleins de
lézardes, étaient noircis par la fumée; ni portes ni fenêtres; et les
poutres, qui ne tenaient plus que d’un bout, traînaient, de l’autre,
sur le sol. Vous eussiez dit la tanière où niche le Cauchemar.
Mais (comme on dit), par force, à Aix, on les pendait. Las,
défaillant, mort de sommeil, je grimpai et m’allongeai sur la plus
grosse des poutres... Et, dans un clin d’oeil.
J’étais endormi.
Je ne pourrais pas dire combien de temps je restai ainsi. Toujours
est-il qu’au milieu de mon sommeil de plomb, je crus voir tout à coup
un brasier qui flambait, avec trois hommes assis autour, qui
causaient et riaient.
"Songes-tu? me disais-je en moi-même, dans mon sommeil, songes-tu ou
est-ce réel?"
Mais ce pesant bien-être, où l’assoupissement vous plonge, m’enlevait
toute peur et je continuais tout doucement à dormir.
Il faut croire qu’à la longue la fumée finit par me suffoquer; je
sursaute soudain et je jette un cri d’effroi... Oh! quand je ne suis
pas mort, mort d’épouvante, là, je ne mourrai jamais plus!
Figurez-vous trois faces de bohèmes qui, tous les trois à la fois, se
retournèrent vers moi, avec des yeux, des yeux terribles...
-— Ne me tuez pas! ne me tuez pas! leur criai-je, ne me tuez pas!
Lors, les trois bohémiens, qui avaient eu, bien sûr, autant de peur
que moi, se prirent à rire et l’un d’eux me dit :