Bref, une heure de temps, ce fut un brouhaha, rien que sur le
jardinage.
Moi, je vidais mon assiette et je ne soufflais mot.
Lorsqu’ils eurent tout dit, mon vis-à-vis me fait :
-- Et vous, jeune homme, s’il n’y a pas indiscrétion, êtes-vous dans
le jardinage? Vous n’en avez pas l’air.
-- Moi, non... je suis venu à Nîmes, répondis-je timide- ment, pour
passer bachelier.
-- Bachelier! Batelier! fit toute la tablée. Comment a-t-il dit ça?
-- Eh! oui, hasarda l’un d’eux, je crois qu’il a dit "batelier" : il
doit être venu, oui, c’est cela, pour passer le bac!... Pourtant il
n’y a pas de Rhône à Nîmes!
-- Allons donc, tu as mal compris, fit un autre, ne vois-tu pas que
c’est un conscrit, qui vient passer à la "batterie"?
Je me mis à rire, et, prenant la parole, j’expliquai de mon mieux ce
que c’était qu’un bachelier.
-- Quand nous sortons des écoles, leur dis-je, que nos maîtres nous
ont appris... tout : le français, le latin, le grec, l’histoire, la
rhétorique, les mathématiques, la physique, la chimie, l’astronomie,
la philosophie, que sais-je? tout ce que vous pouvez vous imaginer,
alors on nous envoie à Nîmes, où des messieurs très savants nous font
subir un examen...