-- J’y vais, Seigneur, répond saint Jean.
Et saint Jean souffle aussitôt les étincelles dans le blé avec sa
bouche; et d’une rive à l’autre un tourbillon de flamme, un gros
nuage de fumée enveloppe le champ. Bientôt la flamme tombe, la fumée
se dissipe, et mille gerbes tout à coup apparaissent, coupées comme
il faut, comme il faut liées, et comme il faut aussi en gerbiers
entassées.
Et cela fait, le groupe remet aux carquois les faucilles et au Mas
lentement s’en revient pour souper, et tout en soupant:
-— Maître, dit le chef des moissonneurs, nous avons terminé le
champ... Demain pour moissonner, où voulez-vous que nous allions?
-- Capoulié, répondît le maître avaricieux, mes blés, dont j’ai
fait le tour, ne sont pas mûrs de reste. Voici votre payement; je ne
puis plus vous occuper.
Et alors les trois hommes, les trois beaux moissonneurs, disent au
maître: adieu! Et chargeant leurs faucilles rengainées derrière le
dos, s’en vont tranquilles en leur chemin: le bon Dieu au milieu,
saint Pierre à droite, saint Jean à gauche, et les derniers rayons du
soleil qui se couche les accompagnent au loin, au loin.
Le lendemain le maître de grand matin se lève et joyeusement se dit
en lui-même:
-- N’importe! hier j’ai gagné ma journée en allant épier ces trois
hommes sorciers; maintenant j’en sais autant qu’eux.
Et appelant ses deux valets, dont un avait nom Jean et l’autre
Pierre, il les conduit à la plus grande des emblavures de la ferme.
Sitôt arrivés au champ, le maître dit à Pierre :
-- Pierre, toi, bats du feu.
-- Maître, j’y vais, répliqua Pierre.
Et Pierre de ses braies tire alors son couteau, applique à un silex
quelques fibres d’arbre creux et le couteau bat du feu. Mais le
maître dit à Jean: