19 décembre.—De nouveau, temps froid −28°,5. Noël approche. A la maison, tout le monde est occupé aux préparatifs de la fête. Ici, rien de semblable, pas le moindre remue-ménage. Passer le temps est notre seul souci; nous dormons le plus longtemps possible.
… La marmite chante gaiement sur le fourneau. En attendant le déjeuner, je reste assis devant le feu; tout en regardant la flamme, ma pensée s'envole loin… loin, très loin…
A la lumière de la lampe, elle coud. Auprès d'elle, une petite fille, blonde, aux yeux bleus, joue à la poupée. Elle regarde tendrement l'enfant, caresse ses cheveux, et, tout à coup, ses yeux débordent de larmes.
Johansen dort; dans son sommeil, il sourit. Pauvre ami, il rêve, sans doute, à la Noël, là-bas, et à tous ceux qu'il aime! Dors et rêve pendant l'hiver; un jour, enfin, viendra le printemps, la saison du réveil et de l'activité.
22 décembre.—Johansen nettoie notre chenil. Pour fêter la Noël, il veut l'approprier, tout au moins le débarrasser de tous les déchets qui souillent le sol.
24 décembre.—Température à deux heures du soir −24°. Quelle triste veille de Noël!
Là-bas, les cloches sonnent gaiement… Il me semble entendre leur joyeux murmure à travers l'air froid et silencieux de la campagne endormie sous la neige… On vient d'allumer les chandelles des arbres de Noël; et autour les enfants dansent leurs rondes joyeuses… Quand je serai revenu, je donnerai une matinée d'enfants…
Là-bas, aujourd'hui, c'est fête, même dans les plus humbles chaumières. Et nous aussi nous voulons célébrer ce grand jour. Nous nous sommes débarbouillés dans une tasse d'eau chaude, et avons ensuite fait un bout de toilette. Nous avons retourné nos chemises et mis des caleçons propres. Après cela, nous avons l'impression d'avoir changé de peau. Pour la circonstance, nous avons fait une brèche à la petite provision de conserves que nous gardons pour la retraite. Le menu se compose d'un gratin de poisson et de farine de maïs, cuit dans de l'huile de morse; pour dessert, du pain frit dans cette même huile. Demain matin, à déjeuner, nous aurons du chocolat et du pain.
25 décembre.—Un temps de Noël superbe, pas de vent. Une lune éblouissante dans le silence solennel de l'éternité. Pour fêter ce jour de paix et de joie, l'aurore boréale lance le plus merveilleux feu d'artifice.
… Maintenant, voici l'heure des dîners de famille. Je vois le grand-père, toujours solennel, accueillant, le sourire aux lèvres, ses enfants et ses petits-enfants. Au dehors, la neige met sa ouate immaculée sur les bruits du monde. En arrivant, les enfants secouent bruyamment leurs souliers, suspendent leurs paletots, et entrent dans le salon chaud et éblouissant de lumière. Une agréable senteur sort de la cuisine; dans la salle à manger, la table est garnie de friandises et de vins généreux. Tout cela laisse une impression de joie et de bien-être! Patience, patience! vienne seulement l'été; nous aurons aussi notre part de joie… La marche à l'étoile est longue et difficile.