Hélas! que ne suis-je ombre et ténèbres! Comme j'étancherais ma soif aux mamelles de la lumière!
Et vous-mêmes, je vous bénirais, petits astres scintillants, vers luisants du ciel! et je me réjouirais de la lumière que vous me donneriez.
Mais je vis de ma propre lumière, j'absorbe en moi-même les flammes qui jaillissent de moi.
Je ne connais pas la joie de ceux qui prennent; et souvent j'ai rêvé que voler était une volupté plus grande encore que prendre.
Ma pauvreté, c'est que ma main ne se repose jamais de donner; ma jalousie, c'est de voir des yeux pleins d'attente et des nuits illuminées de désir.
Misère de tous ceux qui donnentè! O obscurcissement de mon soleil! O désir de désirer! O faim dévorante dans la satiété!
Ils prennent ce que je leur donne: mais suis-je encore en contact avec leurs âmes? Il y a un abîme entre donner et prendre; et le plus petit abîme est le plus difficile à combler.
Une faim naît de ma beauté: je voudrais faire du mal à ceux que j'éclaire; je voudrais dépouiller ceux que je comble de mes présents: - c'est ainsi que j'ai soif de méchanceté.
Retirant la main, lorsque déjà la main se tend; hésitant comme la cascade qui dans sa chute hésite encore: - c'est ainsi que j'ai soif de méchanceté.
Mon opulence médite de telles vengeances: de telles malices naissent de ma solitude.