Tu les effrayeras et tu les renverseras de ton rire; la syncope et le réveil prouveront ta puissance sur eux.
Et quand même viendrait le long crépuscule et la fatigue mortelle, tu ne disparaîtrais pas de notre ciel, affirmateur de la vie!
Tu nous a fait voir de nouvelles étoiles et de nouvelles splendeurs nocturnes; en vérité, tu as étendu sur nos têtes le rire lui-même, comme une tente multicolore.
Maintenant des rires d'enfants jailliront toujours des cercueils; maintenant viendra, toujours victorieux des fatigues mortelles, un vent puissant. Tu en es toi-même le témoin et le devin.
En vérité, tu les as rêvés eux-mêmes, tes ennemis: ce fut ton rêve le plus pénible!
Mais comme tu t'est réveillé d'eux et que tu es revenu à toi-même, ainsi ils doivent se réveiller d'eux-mêmes - et venir à toi!" -
Ainsi parlait le disciple; et tous les autres se pressaient autour de Zarathoustra et ils saisissaient ses mains et ils voulaient le convaincre de quitter son lit et sa tristesse, pour revenir à eux. Cependant Zarathoustra était assis droit sur sa couche avec des yeux étranges. Pareil à quelqu'un qui revient d'une longue absence, il regarda ses disciples et interrogea leurs visages; et il ne les reconnaissait pas encore. Mais lorsqu'ils le soulevèrent et qu'ils le placèrent sur ses jambes, son oeil se transforma tout à coup; il comprit tout ce qui était arrivé, et en se caressant la barbe, il dit d'une voix forte:
"Allons! tout cela viendra en son temps; mais veillez, mes disciples, à ce que nous fassions un bon repas, et bientôt! - c'est ainsi que je pense expier mes mauvais rêves!
Pourtant le devin doit manger et boire à mes côtés: et, en vérité, je lui montrerai une mer où il pourra se noyer!"
Ainsi parlait Zarathoustra. Mais alors il regarda longtemps en plein visage le disciple qui lui avait expliqué son rêve, et, ce faisant, il secoua la tête.-