Ainsi se parlait à lui-même Zarathoustra, tandis qu'il montait, consolant son coeur avec de dures maximes: car il avait le coeur plus blessé que jamais. Et lorsqu'il arriva sur la hauteur de la crête, il vit l'autre mer qui était étendue devant lui: alors il demeura immobile et il garda longtemps le silence. Mais à cette hauteur la nuit était froide et claire et étoilée.

Je reconnais mon sort, dit-il enfin avec tristesse. Allons! je suis prêt. Ma dernière solitude vient de commencer.

Ah! mer triste et noire au-dessous de moi! Ah! sombre et nocturne mécontentement! Ah! destinée, océan! C'est vers vous qu'il faut que je descende!

Je suis devant ma plus haute montagne et devant mon plus long voyage: c'est pourquoi il faut que je descende plus bas que je ne suis jamais monté:
plus bas dans la douleur que je ne suis jamais descendu, jusque dans l'onde la plus noire de douleur! Ainsi le veut ma destinée: Eh bien! Je suis prêt.

D'où viennent les plus hautes montagnes? c'est que j'ai demandé jadis. Alors, j'ai appris qu'elles viennent de la mer.

Ce témoignage est écrit dans leurs rochers et dans les pics de leurs sommets. C'est du plus bas que le plus haut doit atteindre son sommet. -

Ainsi parlait Zarathoustra au sommet de la montagne où il faisait froid; mais lorsqu'il arriva près de la mer et qu'il finit par être seul parmi les récifs, il se sentit fatigué de sa route et plus que jamais rempli de désir.

Tout dort encore maintenant, dit-il; la mer aussi est endormie. Son oeil regarde vers moi, étrange et somnolent.

Mais son haleine est chaude, je le sens. Et je sens aussi qu'elle rêve. Elle s'agite, en rêvant, sur de durs coussins.

Écoute! Écoute! Comme les mauvais souvenirs lui font pousser des gémissements! ou bien sont-ce de mauvais présages?