2.

"Arrête-toi! nain! dis-je. Moi ou bien toi! Mais moi je suis le plus fort de nous deux -: tu ne connais pas ma pensée la plus profonde! Celle-là tu ne saurais la porter!" -

Alors arriva ce qui me rendit plus léger: le nain sauta de mes épaules, l'indiscret! Il s'accroupit sur une pierre devant moi. Mais à l'endroit où nous nous arrêtions se trouvait comme par hasard un portique.

"Vois ce portique! nain! repris-je: il a deux visages. Deux chemins se réunissent ici: personne encore ne les a suivis jusqu'au bout.

Cette longue rue qui descend, cette rue se prolonge durant une éternité et cette longue rue qui monte - c'est une autre éternité.

Ces chemins se contredisent, ils se butent l'un contre l'autre: - et c'est ici, à ce portique, qu'ils se rencontrent. Le nom du portique se trouve inscrit à un fronton, il s'appelle "instant".

Mais si quelqu'un suivait l'un de ces chemins - en allant toujours plus loin: crois-tu nain, que ces chemins seraient en contradiction!" -

"Tout ce qui est droit ment, murmura le nain avec mépris. Toute vérité est courbée, te temps lui-même est un cercle."

"Esprit de la lourdeur! dis-je avec colère, ne prends pas la chose trop à la légère! Ou bien je te laisse là, pied-bot - et n'oublie pas que c'est moi qui t'ai porté là-haut!

Considère cet instant! repris-je. De ce portique du moment une longue et éternelle rue retourne en arrière: derrière nous il y a une éternité.