J'appelle encore malheureux ceux qui sont obligés d'attendre toujours, - ils ne sont pas à mon goût, tous ces péagers et ces épiciers, ces rois et tous ces autres gardeurs de pays et de boutiques.

En vérité, mois aussi, j'ai appris à attendre, à attendre longtemps, mais à m'attendre, moi. Et j'ai surtout appris à me tenir debout, à marcher, à courir, à sauter, à grimper et à danser.

Car ceci est ma doctrine: qui veut apprendre à voler un jour doit d'abord apprendre à se tenir debout, à marcher, à courir, à sauter, à grimper et à danser: on n'apprend pas à voler du premier coup!

Avec des échelles de corde j'ai appris à escalader plus d'une fenêtre, avec des jambes agiles j'ai grimpé sur de hauts mâts: être assis sur des hauts mâts de la connaissance, quelle félicité! - flamber sur de hauts mâts comme de petites flammes: une petite lumière seulement, mais pourtant une grande consolation pour les vaisseaux échoués et les naufragés! -

Je suis arrivé à ma vérité par bien des chemins et de bien des manières: je ne suis pas monté par une seule échelle à la hauteur d'où mon oeil regarde dans le lointain.

Et c'est toujours à contre-coeur que j'ai demandé mon chemin, - cela me fut toujours contraire! J'ai toujours préféré interroger et essayer les chemins eux-mêmes.

Essayer et interroger, ce fut là toute ma façon de marcher: - et, en vérité, il faut aussi apprendre à répondre à de pareilles questions! Car ceci est - de mon goût: - ce n'est ni un bon, ni un mauvais goût, mais c'est mon goût, dont je n'ai ni à être honteux ni à me cacher.

"Cela - est maintenant mon chemin, - est le vôtre?" Voilà ce que je répondais à ceux qui me demandaient "le chemin". Car le chemin - le chemin n'existe pas.

Ainsi parlait Zarathoustra.

DES VIEILLES ET DES NOUVELLES TABLES