- "Tu l'as servi jusqu'à la fin? demanda Zarathoustra pensif, après un long et profond silence, tu sais comment il est mort? Est-ce vrai, ce que l'on raconte, que c'est la pitié qui l'a étranglé?
- la pitié de voir l'homme suspendu à la croix, sans pouvoir supporter que l'amour pour les hommes devînt son enfer et enfin sa mort?" -
Le vieux pape cependant ne répondit pas, mais il regarda de côté, avec un air farouche et une expression douloureuse et sombre sur le visage.
"Laisse-le aller, reprit Zarathoustra après une longue réflexion, en regardant toujours le vieillard dans le blanc des yeux.
Laisse-le aller, il est perdu. Et quoique cela t'honore de ne dire que du bien de ce mort, tu sais aussi bien que moi, qui il était: et qu'il suivait des chemins singuliers."
"Pour parler entre trois yeux, dit le vieux pape rasséréné (car il était aveugle d'un oeil), sur les choses de Dieu je suis plus éclairé que Zarathoustra lui-même - et j'ai le droit de l'être.
Mon amour a servi Dieu pendant de longues années, ma volonté suivait partout sa volonté. Mais un bon serviteur sait tout et aussi certaines choses que son maître se cache à lui-même.
C'était un Dieu caché, plein de mystères. En vérité, son fils lui-même ne lui est venu que par des chemins détournés. A la porte de sa croyance il y a l'adultère.
Celui qui le loue comme le Dieu d'amour ne se fait pas une idée assez élevée sur l'amour même. Ce Dieu ne voulait-il pas aussi être juge? Mais celui qui aime, aime au delà du châtiment et de la récompense.
Lorsqu'il était jeune, ce Dieu d'Orient, il était dur et altéré de vengeance, il s'édifia un enfer pour divertir ses favoris.