80.

"L'amour seul doit être juge" - (l'amour qui crée, qui s'oublie lui-même dans son oeuvre).

81.

Zarathoustra ne peut rendre heureux qu'une fois que la hiérarchie est établie. Celle-ci est enseignée en premier lieu.

La hiérachie, appliquée en un système de gouvernement de la terre: les maîtres de la terre, en fin de compte, une nouvelle caste dominante. De cette caste naît, de ci de là, un dieu tout à fait épicuréen, le Surhumain, le transfigurateur de l'existence.

La conception surhumaine du monde. Dionysos. Revenir, avec amour, de ce grand éloignement, vers le plus petit et le plus humble, - Zarathoustra bénissant tous les événements de sa vie et mourant en bénissant.

82.

Nous devons cesser d'être des hommes qui prient, pour devenir des hommes qui bénissent!

NOTES

L'idée de Zarathoustra remonte chez Nietzsche aux premières années de son séjour à Bâle. On en retrouve des indices dans les notes datant de 1871 et 1872. Mais, pour la conception fondamentale de l'oeuvre, Nietzsche lui-même indique l'époque d'une villégiature dans l'Engadine en août 1881, où lui vint, pendant une marche à travers la forêt, au bord du lac de Silvaplana, comme "un premier éclair de la pensée de Zarathoustra", l'idée de l'éternel retour. Il en prit note le même jour en ajoutant la remarque: "Au commencement du mois d'août 1881 à Sils Maria, 6000 pieds au-dessus du niveau de la mer et bien plus haut encore au-dessus de toutes les choses humaines" (Note conservée). Depuis ce moment, cette idée ce développa en lui: ses carnets de notes es ses manuscrits des années 1881 et 1882 en portent de nombreuses traces et Le gai Savoir qu'il rédigeait alors contient "cent indices de l'approche de quelque chose d'incomparable". Le volume mentionnait même déjà (dans l'aphorisme 341) la pensée de l'éternel retour, et, à la fin de sa quatrième partie (dans l'aphorisme 342, qui, dans la première édition, terminait l'ouvrage), "faisait luire, comme le dit Nietzsche lui-même, la beauté des premières paroles de Zarathoustra".