Ainsi parlait Zarathoustra.

DE L'ENFANT ET DU MARIAGE

J'ai une question pour toi seul, mon frère. Je jette cette question comme une sonde dans ton âme, afin de connaître sa profondeur.

Tu es jeune et tu désires femme et enfant. Mais je te demande: es-tu un homme qui ait le droit de désirer un enfant?

Es-tu le victorieux, vainqueur de lui-même, souverain des sens, maître de ses vertus? C'est ce que je te demande.

Ou bien ton voeu est-il le cri de la bête et de l'indigence? Ou la peur de la solitude? Ou la discorde avec toi-même?

Je veux que ta victoire et ta liberté aspirent à se perpétuer par l'enfant. Tu dois construire des monuments vivants à ta victoire et à ta délivrance.

Tu dois construire plus haut que toi-même. Mais il faut d'abord que tu sois construit toi-même, carré de la tête à la base.
Tu ne dois pas seulement propager ta race plus loin, mais aussi plus haut. Que le jardin du mariage te serve à cela.

Tu dois créer un corps d'essence supérieure, un premier mouvement, une roue qui roule sur elle-même, - tu dois créer un créateur.

Mariage: c'est ainsi que j'appelle la volonté à deux de créer l'unique qui est plus que ceux qui l'ont créé. Respect mutuel, c'est là le mariage, respect de ceux qui veulent d'une telle volonté.