Ces âmes humaines divinisées par la mort étaient ce que les Grecs appelaient des démons ou des héros. [11] Les Latins leur donnaient le nom de Lares, Mânes, Génies. « Nos ancêtres ont cru, dit Apulée, que les Mânes, lorsqu'ils étaient malfaisants, devaient être appelés larves, et ils les appelaient Lares lorsqu'ils étaient bienveillants et propices. » [12] On lit ailleurs: « Génie et Lare, c'est le même être; ainsi l'ont cru nos ancêtres. » [13] Et dans Cicéron: « Ceux que les Grecs nomment démons, nous les appelons Lares. » [14]
Cette religion des morts paraît être la plus ancienne qu'il y ait eu dans cette race d'hommes. Avant de concevoir et d'adorer Indra ou Zeus, l'homme adora les morts; il eut peur d'eux, il leur adressa des prières. Il semble que le sentiment religieux ait commencé par là. C'est peut-être à la vue de la mort que l'homme a eu pour la première fois l'idée du surnaturel et qu'il a voulu espérer au delà de ce qu'il voyait. La mort fut le premier mystère; elle mit l'homme sur la voie des autres mystères. Elle éleva sa pensée du visible à l'invisible, du passager à l'éternel, de l'humain au divin.
NOTES
[1] Eschyle, Choéph., 469. Sophocle, Antig., 451. Plutarque, Solon, 21; Quest. rom., 52; Quest. gr., 5. Virgile, V, 47; V, 80.
[2] Cicéron, De legib., II, 22. Saint Augustin, Cité de Dieu, IX, 11; VIII, 26.
[3] Euripide, Alceste, 1003, 1015.
[4] Cicéron, De legib., II, 9. Varron, dans saint Augustin, Cité de Dieu, VIII, 26.
[5] Virgile, Én., IV, 34. Aulu-Gelle, X, 18. Plutarque, Quest. rom., 14. Euripide, Troy., 96; Électre, 513. Suétone, Néron, 50.
[6] Varron, De ling. lat., V, 74.
[7] Lois de Manou, I, 95; III, 82, 122, 127, 146, 189, 274.