Soudain, des cris se firent entendre: «On l'amène! le voici!» et les dames s'élancèrent vers la porte en poussant des cris de paon. Dix minutes ne s'étaient pas écoulées depuis le départ de mon oncle. Une telle promptitude paraîtrait invraisemblable si l'on n'avait connu plus tard la très simple explication de cette énigme.
Après le départ de Gavrilo, Foma Fomitch était en effet parti en s'appuyant sur sa canne, mais, seul au milieu de la tempête déchaînée, il eut peur, rebroussa chemin, et se mit à courir après le vieux domestique. Mon oncle l'avait retrouvé dans le village.
On avait arrêté un chariot; les paysans accourus y avaient installé Foma Fomitch devenu plus doux qu'un mouton, et c'est ainsi qu'il fut amené dans les bras de la générale qui faillit devenir folle de le voir en cet équipage, encore plus trempé, plus crotté que Gavrilo.
Ce fut un grand remue-ménage. Les uns voulaient l'emmener tout de suite dans sa chambre pour l'y faire changer de linge; d'autres préconisaient bruyamment diverses tisanes réconfortantes; tout le monde parlait à la fois… Mais Foma semblait ne rien voir, ne rien entendre.
On le fit entrer en le soutenant sous les bras. Arrivé à son fauteuil, il s'y affala lourdement et ferma les yeux. Quelqu'un cria qu'il se mourait et des hurlements éclatèrent, cependant que Falaléi, beuglant plus fort que les autres, s'efforçait d'arriver jusqu'à Foma pour lui baiser la main.
V FOMA FOMITCH ARRANGE LE BONHEUR GÉNÉRAL
— Où suis-je? murmura Foma d'une voix d'homme mourant pour la vérité?
— Maudit chenapan! murmura près de moi Mizintchikov. Comme s'il ne le voyait pas! Il va nous en faire des siennes à présent!
— Tu es chez nous, Foma: tu es parmi les tiens! s'écria mon oncle. Allons, du courage! calme-toi! Vraiment, Foma, tu ferais bien de changer de vêtements; tu vas tomber malade… Veux-tu prendre quelque chose pour te remettre? Un petit verre te réchauffera.
— Je prendrais bien un peu de malaga! gémit Foma qui ferma encore les yeux.