— Il a dit qu'il y avait quelque cent ou mille verstes… qu'il y en avait beaucoup.
— Rappelle-toi! Et tu te figurais qu'il n'y avait qu'une verste, que le soleil était tout près de nous? Non, frérot, la terre, vois-tu, c'est comme un ballon, tu comprends? continua mon oncle en traçant dans l'espace un geste circulaire.
Le paysan sourit amèrement.
— Oui, comme un ballon! Elle se tient en l'air d'elle-même et elle tourne autour du soleil qui reste en place tandis que tu crois qu'il marche. Comprends-tu le système? Tout cela a été découvert par le capitaine Cook, un marin… (Le diable sait qui l'a découvert! me chuchota mon oncle, quant à moi, je n'en sais rien)… Et toi, sais-tu sa distance qu'il y a entre la terre et le soleil?
— Je le sais, mon oncle, répondis-je, rempli d'étonnement par cette scène bizarre. Mais voici ce que je pense: certes, l'ignorance est une sorte de malpropreté… mais tout de même… apprendre l'astronomie aux paysans!…
—Très juste! c'est de la malpropreté! fit mon oncle ravi, et sautant sur mon expression qu'il trouvait très heureuse. Grande idée! Oui, c'est de la malpropreté! Je l'ai toujours dit… C'est- à-dire que je ne l'ai jamais dit, mais que je l'ai toujours pensé. Vous entendez? — cria-t-il aux paysans — l'ignorance, c'est la même chose que la malpropreté. C'est pourquoi Foma voulait vous instruire, pour votre bien. Mais c'est bon, mes amis, allez maintenant et que Dieu soit avec vous. Je suis très content, très content. Soyez tranquilles; je ne vous abandonnerai pas.
— Défends-nous, notre père!
— Ne fais pas de nous des malheureux, petit père!
Et les paysans se jetèrent à ses pieds.
— Voyons! pas de bêtises! Prosternez-vous devant Dieu et devant le tsar, mais pas devant moi. … Allez; soyez sages, et le reste…