— Eh bien, je vous le demande, que m'importe, à moi, lecteur, qu'il ait des propriétés? S'il en a, grand bien lui fasse! Mais que c'est charmant! gentiment présenté! C'est étincelant d'esprit, d'un esprit qui jaillit en bouillonnant; c'est une source d'esprit intarissable. Oui, voilà comme il faut écrire, et il me semble que j'aurai écrit ainsi si j'eusse consenti à écrire dans les journaux…
— Et même mieux, peut-être, ajouta respectueusement Éjévikine.
— Tu aurais, dans le style, quelque chose de mélodieux! fit mon oncle.
Mais Foma Fomitch n'y tint plus.
— Colonel, dit-il, pourrais-je vous prier, avec la plus grande politesse, naturellement, de ne pas nous interrompre et de nous laisser poursuivre notre conversation en paix? Vous ne pouvez rien y comprendre à cette conversation; vous ne sauriez y exprimer d'avis; cela vous est fermé! Ne venez donc pas troubler notre intéressant entretien littéraire. Buvez votre thé; mêlez-vous de gérer votre propriété, mais laissez la littérature! elle n'y perdra rien, je vous l'assure!
C'était le dernier mot de l'insolence. Je ne savais que penser.
— Mais, Foma, tu le disais toi-même, que tu aurais quelque chose de mélodieux! dit mon oncle plein d'angoisse et de confusion.
— Oui, mais je le disais en connaissance de cause; je le disais à propos. Mais vous!
— Parfaitement, nous le disions spirituellement, en connaissance de cause, soutint Éjévikine en tournant autour de Foma Fomitch. Ceux qui manquent d'esprit n'ont qu'à nous en emprunter, nous en avons assez pour deux ministères, et il en resterait pour le troisième! Voilà comment nous sommes!
— Bon! je viens encore de dire une bêtise? conclut mon oncle avec un sourire bonhomme.