— Comment, sottise? Mais il m'a écrit…

— Il vous a écrit! fit-elle avec animation. Il m'avait pourtant promis de ne pas le faire. Quelle sottise! mon Dieu! quelle sottise!

— Excusez-moi, bredouillai-je, ne sachant plus que dire. Peut- être ai-je agi brutalement, imprudemment, mais aussi, la circonstance est exceptionnelle. Pensez donc à l'imbroglio où nous nous débattons!

— Oh! mon Dieu, ne vous excusez pas. Croyez qu'il m'est pénible d'entendre tout cela; et pourtant, je désirais vous parler, dans l'espoir que vous m'instruiriez… Ah! que c'est fâcheux! Il vous a écrit! C'est ce que je craignais le plus. Quel homme, mon Dieu! Et vous l'avez cru? Et vous êtes venu bride abattue? Pourquoi faire?

Elle ne cachait pas sa contrariété et il faut avouer que sa situation n'était pas enviable.

— J'avoue… je ne m'attendais pas…, fis-je dans une grande confusion, à la tournure que prend… je pensais, au contraire…

— Ah! vous pensiez cela? dit-elle, non sans une légère ironie.
Vous savez, vous allez me montrer la lettre qu'il vous a écrite.

— Volontiers.

— Mais ne m'en veuillez pas; ne vous froissez pas; nous sommes déjà assez malheureux! supplia-t-elle, sans cependant que le sourire ironique quittât sa jolie bouche.

— Oh! ne me prenez pas pour un imbécile, m'écriai-je avec fougue. Mais peut-être êtes-vous prévenue contre moi. M'aurait-on calomnié près de vous? Ou vous êtes-vous fait une opinion par la gaffe que vous m'avez vu commettre? Vous vous tromperiez. Je comprends que ma situation puisse vous paraître assez ridicule. Ne vous moquez pas de moi, je vous en prie! Je ne sais même pas ce que je dis… et… c'est la faute de mes maudits vingt-deux ans!