— Eh bien?

— Ce n'est pas la peine d'en parler… grommela-t-il, et il se tut.

— De vous, naturellement, il n'y a rien à attendre! reprit avec colère Barbara Pétrovna.

Elle voyait maintenant que tout le monde savait quelque chose, mais qu'on n'osait pas répondre à ses questions, qu'on voulait la laisser dans l'ignorance.

Le laquais revint, apportant sur un petit plateau d'argent la tasse de café demandée; il la présenta d'abord à sa maîtresse, qui lui fit signe de l'offrir à Marie Timoféievna.

— Ma chère, vous avez été transie de froid tantôt, buvez vite, cela vous réchauffera.

Marie Timoféievna prit la tasse et dit en français «merci» au domestique; puis elle se mit à rire à la pensée de l'inadvertance qu'elle venait de commettre, mais, rencontrant le regard sévère de Barbara Pétrovna, elle se troubla et posa la tasse sur la table.

— Tante, vous n'êtes pas fâchée? murmura-t-elle d'un ton enjoué.

Ces mots firent bondir sur son siège Barbara Pétrovna.

— Quoi? cria-t-elle en prenant son air hautain, — est-ce que je suis votre tante? Que voulez-vous dire par là?