Daria Pavlovna s'était déjà rapprochée de Barbara Pétrovna, mais l'exclamation de mademoiselle Lébiadkine lui fit brusquement retourner la tête, et elle resta debout devant sa chaise, les yeux attachés sur la folle.

— Assieds-toi, Dacha, dit Barbara Pétrovna avec un calme effrayant; plus près, là, c'est bien; tu peux voir cette femme, tout en étant assise. Tu la connais?

— Je ne l'ai jamais vue, répondit tranquillement Dacha, et, après un silence, elle ajouta: — C'est sans doute la soeur malade d'un M. Lébiadkine.

— Moi aussi, mon âme, je vous voie aujourd'hui pour la première fois, mais depuis longtemps déjà je désirais faire votre connaissance, parce que chacun de vos geste témoigne de votre éducation, fit avec élan Marie Timoféievna. — Quant aux criailleries de mon laquais, est-il possible, en vérité, que vous lui ayez pris de l'argent, vous si bien élevée et si gentille? Car vous êtes gentille, gentille, gentille, je vous le dis sincèrement! acheva-t-elle enthousiasmée.

— Comprends-tu quelque chose? demanda avec une dignité hautaine
Barbara Pétrovna.

— Je comprends tout…

— De quel argent parle-t-elle?

— Il s'agit sans doute de l'argent que, sur la demande de Nicolas
Vsévolodovitch, je me suis chargée d'apporter de Suisse à ce
M. Lébiadkine, le frère de cette femme.

Un silence suivit ces mots.

— Nicolas Vsévolodovitch lui-même t'a priée de faire cette commission?