Nicolas Vsévolodovitch n'avait pas entendu cogner à la porte, l'apparition du visiteur le surprit avant qu'il eût pu répondre à la timide question de sa mère. Devant lui se trouvait une lettre qu'il venait de lire et qui l'avait rendu songeur. La voix de Pierre Stépanovitch le fit tressaillir, et il se hâta de fourrer la lettre sous un presse-papier, mais il ne réussit pas à la cacher entièrement: un des coins et presque toute l'enveloppe restaient à découvert.

— J'ai crié exprès le plus haut possible, pour vous donner le temps de prendre vos précautions, fit tout bas Pierre Stépanovitch.

Son premier mouvement avait été de courir vers la table, et il avait tout de suite aperçu le presse papier et le bout de lettre.

— Et sans doute vous avez déjà remarqué qu'à votre arrivée j'ai caché sous un presse-papier une lettre que je venais de recevoir, dit tranquillement Nicolas Vsévolodovitch, sans bouger de sa place.

— Une lettre? Grand bien vous fasse, que m'importe, à moi? s'écria le visiteur, mais… le principal, ajouta-t-il en sourdine, tandis qu'il se tournait du côté de la porte et faisait un signe de tête dans cette direction.

— Elle n'écoute jamais à la porte, observa froidement Nicolas
Vsévolodovitch.

— C'est pour le cas où elle écouterait! reprit Pierre Stépanovitch en élevant gaiement la voix, et il s'assit sur un fauteuil. — Je ne blâme pas cela, seulement je suis venu pour causer avec vous en tête à tête… Allons, enfin j'ai pu arriver jusqu'à vous! Avant tout, comment va votre santé? Je vois que vous allez bien, et que demain peut-être vous sortirez, hein?

— Peut-être.

— Faites enfin cesser ma corvée! s'écria-t-il avec une gesticulation bouffonne. — Si vous saviez ce que j'ai dû leur débiter de sottises! Mais, du reste, vous le savez.

Il se mit à rire.