— Je dois m'être donné envers lui un tort grave, ajouta-t-elle soudain comme se parlant à elle-même, — seulement voilà, je ne sais pas en quoi consiste ce tort, et c'est ce qui fait mon éternel tourment. Depuis cinq ans je ne cessais de me dire nuit et jour que j'avais été coupable à son égard. Je priais, je priais, et toujours je pensais à ma grande faute envers lui. Et voilà qu'il s'est trouvé que c'était vrai.

— Mais quoi?

— Toute ma crainte, c'est qu'il ne soit mêlé à cela, poursuivit-elle sans répondre à la question qu'elle n'avait même pas entendue. — Pourtant il ne peut pas s'être associé de nouveau à ces petites gens. La comtesse me mangerait volontiers, quoiqu'elle m'ait fait asseoir à côté d'elle dans sa voiture. Ils ont tous formé un complot — se peut-il qu'il y soit entré aussi? Se peut-il que lui aussi soit un traître? (Un tremblement agita ses lèvres et son menton.) Écoutez, vous: avez-vous lu l'histoire de Grichka Otrépieff qui a été maudit dans sept cathédrales?

Nicolas Vsévolodovitch garda le silence.

— Mais, du reste, je vais maintenant me retourner vers vous et vous regarder, décida-t-elle subitement — tournez-vous aussi de mon côté et regardez-moi, mais plus fixement. Je veux enfin éclaircir mes doutes.

— Je vous regarde depuis longtemps déjà.

— Hum, fit Marie Timoféievna en observant attentivement le visiteur, — vous avez beaucoup engraissé…

La folle voulait encore dire quelque chose, mais soudain la terreur qu'elle avait éprouvée tantôt se peignit pour la troisième fois sur son visage, de nouveau elle recula en projetant le bras devant elle.

— Qu'avez-vous donc? cria avec une sorte de rage Nicolas
Vsévolodovitch.

Mais la frayeur de Marie Timoféievna ne dura qu'un instant; un sourire sceptique et désagréable fit grimacer ses lèvres.