— Je ne perdrai ni l'une ni l'autre des deux folles, mais celle qui est intelligente, je crois que je la perdrai: je suis si lâche et si vil, Dacha, que peut-être en effet je vous appellerai quand arrivera la «fin», comme vous dites, et malgré votre intelligence vous viendrez. Pourquoi vous perdez-vous vous-même?
— Je sais qu'à la fin je resterai seule avec vous et… j'attends ce moment.
— Mais si alors je ne vous appelle pas, si je vous fuis?
— C'est impossible, vous m'appellerez.
— Il y a dans cette conviction beaucoup de mépris pour moi.
— Vous savez qu'il n'y a pas que du mépris.
— C'est donc qu'il y en a tout de même?
— Je n'ai pas dit cela. Dieu m'en est témoin, je souhaiterais on ne peut plus que vous n'eussiez jamais besoin de moi.
— Une phrase en vaut une autre. De mon côté, je désirerais ne point vous perdre.
— Jamais vous ne pourrez me perdre, et vous-même vous le savez mieux que personne, se hâta de répondre Daria Pavlovna qui mit dans ces paroles une énergie particulière. — Si je ne reste pas avec vous, je me ferai Soeur de la Miséricorde, garde-malade, ou colporteuse d'évangiles. J'y suis bien décidée. Je ne puis pas me marier pour tomber dans la misère, je ne puis pas non plus vivre dans des maisons comme celle-ci. Je ne le veux pas… Vous savez tout.