Pierre Stépanovitch passa d'abord chez Kiriloff. Celui-ci, seul comme de coutume, faisait cette fois de la gymnastique au milieu de la chambre, c'est-à-dire qu'il écartait les jambes et tournait les bras au-dessus de lui d'une façon particulière. La balle était par terre. Le déjeuner n'avait pas encore été desservi, et il restait du thé froid sur la table. Avant d'entrer, Pierre Stépanovitch s'arrêta un instant sur le seuil.
— Tout de même vous vous occupez beaucoup de votre santé, dit-il d'une voix sonore et gaie en pénétrant dans la chambre; — quelle belle balle! oh! comme elle rebondit! c'est aussi pour faire de la gymnastique?
Kiriloff mit sa redingote.
— Oui, c'est pour ma santé, murmura-t-il d'un ton sec; — asseyez-vous.
— Je ne resterai qu'une minute. Du reste, je vais m'asseoir, reprit Pierre Stépanovitch; puis, sans transition, il passa à l'objet de sa visite: — C'est bien de soigner sa santé, mais je suis venu vous rappeler notre convention. L'échéance approche «en un certain sens».
— Quelle convention?
— Comment, quelle convention? fit le visiteur inquiet.
— Ce n'est ni une convention, ni un engagement, je ne me suis pas lié, vous vous trompez.
— Écoutez, que comptez-vous donc faire? demanda en se levant brusquement Pierre Stépanovitch.
— Ma volonté.