— Comment, vous aussi vous admettez les fêtes? fit en riant l'étudiante; — on parlait de cela tout à l'heure.
— Vieillerie! grommela le collégien à l'autre bout de la table.
— Qu'est-ce qui est une vieillerie? Fouler aux pieds les préjugés, fussent-ils les plus innocents, n'est pas une vieillerie; au contraire, il faut le dire à notre honte, c'est jusqu'à présent une nouveauté, déclara aussitôt la jeune fille qui, en parlant, gesticulait avec véhémence. — D'ailleurs, il n'y a pas de préjugés innocents, ajouta-t-elle d'un ton aigre.
— J'ai seulement voulu dire, répliqua avec agitation le collégien, — que, quoique les préjugés soient sans doute des vieilleries et qu'il faille les extirper, cependant, en ce qui concerne les anniversaires de naissance, la stupidité de ces fêtes est trop universellement reconnue pour perdre un temps précieux et déjà sans cela perdu par tout le monde, en sorte qu'on pourrait employer son esprit à traiter un sujet plus urgent…
— Vous n'en finissez plus, on ne comprend rien, cria l'étudiante.
— Il me semble que chacun a le droit de prendre la parole, et si je désire exprimer mon opinion, comme tout autre…
— Personne ne vous conteste le droit de prendre la parole, interrompit sèchement la maîtresse de la maison, — on vous invite seulement à ne pas mâchonner, attendu que personne ne peut vous comprendre.
— Pourtant permettez-moi de vous faire observer que vous me témoignez peu d'estime; si je n'ai pas pu achever ma pensée, ce n'est pas parce que je n'ai pas d'idées, mais plutôt parce que j'en ai trop… balbutia le pauvre jeune homme qui pataugeait de plus en plus.
— Si vous ne savez pas parler, eh bien, taisez-vous, lui envoya l'étudiante.
À ces mots, le collégien se leva soudain, comme mû par un ressort.