— Sotte! proféra le major.
— Vous, vous êtes un imbécile.
— C'est cela, injurie-moi!
— Mais permettez, Kapiton Maximovitch, vous m'avez dit vous-même que vous ne croyez pas en Dieu, cria du bout de la table Lipoutine.
— Qu'importe que j'aie dit cela? moi, c'est autre chose! Peut- être même que je crois, seulement ma foi n'est pas entière. Mais, quoique je ne croie pas tout à fait, je ne dis pas qu'il faille fusiller Dieu. Déjà, quand je servais dans les hussards, cette question me préoccupait fort. Pour tous les poètes il est admis que le hussard est un buveur et un noceur. En ce qui me concerne, je n'ai peut-être pas fait mentir la légende; mais, le croirez- vous? je me relevais la nuit et j'allais m'agenouiller devant un icône, demandant à Dieu avec force signes de croix qu'il voulût bien m'envoyer la foi, tant j'étais, dès cette époque, tourmenté par la question de savoir si, oui ou non, Dieu existe. Le matin venu, sans doute, vous avez des distractions, et les sentiments religieux s'évanouissent; en général, j'ai remarqué que la foi est toujours plus faible pendant la journée.
Pierre Stépanovitch bâillait à se décrocher la mâchoire.
— Est-ce qu'on ne va pas jouer aux cartes? demanda-t-il à madame
Virguinsky.
— Je m'associe entièrement à votre question! déclara l'étudiante qui était devenue pourpre d'indignation en entendant les paroles du major.
— On perd un temps précieux à écouter des conversations stupides, observa la maîtresse de la maison, et elle regarda sévèrement son mari.
— Je me proposais, dit mademoiselle Virguinsky, — de signaler à la réunion les souffrances et les protestations des étudiants; mais, comme le temps se passe en conversations immorales…