Il ramassa le chandelier, mais cette fois encore les allumettes furent longues à trouver. Silencieuse et immobile, madame Chatoff attendait debout au milieu de la chambre.
— Grâce à Dieu, enfin! s'écria-t-il joyeusement quand il eut allumé la bougie. Marie Chatoff parcourut le local d'un rapide regard.
— J'avais bien entendu dire que vous viviez dans un taudis, pourtant je ne m'attendais pas à vous trouver ainsi logé, observa- t-elle d'un air de dégoût, et elle s'avança vers le lit.
— Oh! je n'en puis plus! poursuivit la jeune femme en se laissant tomber avec accablement sur la dure couche de Chatoff. — Débarrassez-vous de ce sac, je vous prie, et prenez une chaise. Du reste, faites comme vous voulez. Je suis venue vous demander un asile provisoire, en attendant que je me sois procuré du travail, parce que je ne connais rien ici et que je n'ai pas d'argent. Mais, si je vous gêne, veuillez, s'il vous plaît, le déclarer tout de suite, comme c'est même votre devoir de le faire, si vous êtes un honnête homme. J'ai quelques objets que je puis vendre demain, cela me permettra de me loger en garni quelque part; vous aurez la bonté de me conduire dans un hôtel… Oh! mais que je suis fatiguée!
Chatoff était tout tremblant.
— Tu n'as pas besoin d'aller à l'hôtel, Marie! Pourquoi? À quoi bon? supplia-t-il les mains jointes.
— Eh bien, si l'on peut se passer d'aller à l'hôtel, il faut pourtant expliquer la situation. Vous vous rappelez, Chatoff, que nous avons vécu maritalement ensemble à Genève pendant un peu plus de quinze jours; voilà trois ans que nous nous sommes séparés, à l'amiable du reste. Mais ne croyez pas que je sois revenue pour recommencer les sottises d'autrefois. Mon seul but est de chercher du travail, et si je me suis rendue directement dans cette ville, c'est parce que cela m'était égal. Ce n'est nullement le repentir qui me ramène auprès de vous, je vous prie de ne pas vous fourrer cette bêtise là dans la tête.
— Oh! Marie! C'est inutile, tout à fait inutile! murmura Chatoff.
Que voulait-il dire par ces mots?
— Eh bien, puisqu'il en est ainsi, puisque vous êtes assez développé pour comprendre cela, je me permettrai d'ajouter que si maintenant je m'adresse tout d'abord à vous, si je viens vous demander l'hospitalité, c'est en partie parce que je ne vous ai jamais considéré comme un drôle; loin de là, j'ai toujours pensé que vous valiez peut-être beaucoup mieux qu'un tas de… coquins!…