— Ah! oui, je te reconnais, Anisim, fit en souriant Stépan
Trophimovitch. — Tu demeures donc ici?

— Dans le voisinage de Spassoff, près du monastère de V…, chez Marfa Serguievna, la soeur d'Avdotia Serguievna, vous ne l'avez peut-être pas oubliée; elle s'est cassé la jambe en sautant à bas de sa voiture un jour qu'elle se rendait au bal. Maintenant elle habite près du monastère, et je reste chez elle. Voyez-vous, si je me trouve ici en ce moment, c'est que je suis venu voir des proches…

— Eh bien, oui, eh bien, oui.

— Je suis bien aise de vous rencontrer, vous étiez gentil pour moi, poursuivit avec un joyeux sourire Anisim. — Mais où donc allez-vous ainsi tout seul, monsieur?… Il me semble que vous ne sortiez jamais seul?

Stépan Trophimovitch regarda son interlocuteur d'un air craintif.

— Ne comptez-vous pas venir nous voir à Spassoff?

— Oui, je vais à Spassoff. Il me semble que tout le monde va à
Spassoff…

— Et n'irez-vous pas chez Fédor Matviévitch? Il sera charmé de votre visite. En quelle estime il vous tenait autrefois! Maintenant encore il parle souvent de vous…

— Oui, oui, j'irai aussi chez Fédor Matviévitch.

— Il faut y aller absolument. Il y a ici des moujiks qui s'étonnent: à les en croire, monsieur, on vous aurait rencontré sur la grande route voyageant à pied. Ce sont de sottes gens.