Il se leva brusquement.

— Eh! qu'ai-je besoin de savoir tes affaires? Levez-vous donc! ajouta-t-il en s'adressant à moi, puis il tira violemment l'escabeau sur lequel j'étais assis et alla le reporter à son ancienne place.

— Quand il reviendra, il ne faut pas qu'il se doute de notre visite; maintenant il est temps de partir.

— Ah! tu parles encore de mon laquais! fit avec un rire subit mademoiselle Lébiadkine, — tu as peur! Eh bien, adieu, bons visiteurs; mais écoute une minute ce que je vais te dire. Tantôt ce Nilitch est arrivé ici avec Philippoff, le propriétaire, qui a une barbe rousse; mon laquais était en train de me maltraiter. Le propriétaire l'a saisi par les cheveux et l'a traîné ainsi à travers la chambre. Le pauvre homme criait: «Ce n'est pas ma faute, je souffre pour la faute d'un autre!» Tu ne saurais croire combien nous avons tous ri!…

— Eh! Timoféievna, ce n'est pas un homme à barbe rousse, c'est moi qui tantôt ai pris ton frère par les cheveux pour l'empêcher de te battre; quant au propriétaire, il est venu faire une scène chez vous avant-hier, tu as confondu.

— Attends un peu, en effet, j'ai confondu, c'est peut-être bien toi. Allons, à quoi bon discuter sur des vétilles? que ce soit celui-ci ou celui-là qui l'ait tiré par les cheveux, pour lui n'est-ce pas la même chose? dit-elle en riant.

— Partons, dit Chatoff qui me saisit soudain le bras, — la grand'porte vient de s'ouvrir; s'il nous trouve ici, il la rossera.

Nous n'avions pas encore eu le temps de monter l'escalier que, sous la porte cochère, se fit entendre un cri d'ivrogne, suivi de mille imprécations. Chatoff me poussa dans son logement, dont il ferma la porte.

— Il faut que vous restiez ici une minute, si vous ne voulez pas qu'il y ait une histoire. Il crie comme un cochon de lait, sans doute il aura encore bronché sur le seuil; chaque fois il pique un plat ventre.

Pourtant les choses ne se passèrent pas sans «histoire».